Sur les sentiers du Monde

Comment passer de Colombie à Panama

Voici le récit complet de la quatrième solution pour aller de Cartagena en Colombie jusqu’à Panama Ciudad. Il s’agit d’une petite aventure où nous avons vécu quelques moments forts sur 4 journées vraiment bien remplies.

1er jour : De Cartagena à Turbo

Tout commence donc à Cartagena où nous nous rendons au terminal des bus tôt le matin. Nous cherchons à prendre un taxi collectif pour Monteria, mais faute d’en avoir trouvé un à un tarif raisonnable, nous nous dirigeons vers un bus. Première bêtise, nous nous laissons influencer par les rabatteurs (quoi encore !!) et nous prenons un billet pour un bus qui part ahorita ahorita selon le chauffeur (30 000 pesos chacun). Évidemment au moment où nous montons dans le bus, nous nous apercevons qu’il est vide et nous attendons une heure pour qu’il se remplisse, parce que, par ici, un bus ne part pas à une certaine heure, mais plutôt quand il est plein. Ce genre de coup est hyper classique de l’Amérique du sud. Nous quittons le terminal à 9h15.

5 heures plus tard, nous arrivons dans le terminal de Monteria et nous trouvons un bus qui part pour Turbo une demie heure plus tard. Nous prenons donc un billet (25 000 pesos chacun) et montons rapidement dans le bus qui roule comme un dératé, ce qui a un côté plutôt fun. L’itinéraire est mi-asphalte, mi-piste et nous arrivons dans la soirée à Turbo. Le bus nous dépose devant le port où nous trouvons un hôtel pas trop cher (14 000 la chambre double) avec le minimum (un lit double, baño compartido et un ventilo) et nous mangeons dans un bouiboui pour presque rien. Turbo est une ville colombienne qui accueille très peu de touristes et nous découvrons une atmosphère très différente de ce que nous avons vu jusqu’ici: beaucoup d’autochtones dans la rue et les bars qui mettent la musique complètement à fond, mais au niveau restos sympas, rien du tout, nada, que dalle.

2ème jour : De Turbo à Capurgana

6h30, voilà l’heure d’ouverture du guichet qui vend des tickets pour le bateau. Et c’est bien sûr l’heure à laquelle nous nous y sommes pointés (50 000 par personne + 500 par kilo supplémentaire au dessus de 10 kg). Une fois les tickets achetés, et un petit déjeuner avalé, nous nous retrouvons à attendre sur le port notre bateau qui partirait vers 8h30 – 9h. Là nous rencontrons le seul autre voyageur qui attend aussi le bateau : Mike. C’est un anglais qui est reporter pour le Lonely Planet et qui prépare la prochaine version du guide pour la Colombie. C’est très intéressant d’échanger avec lui et d’avoir le point de vue d’un pro du voyage. Nous passons un bon moment avec lui et ne voyons pas défiler l’heure d’attente supplémentaire évidemment non prévue (le retard est un bonus typique en Amérique du sud). Le bateau arrive en effet vers 10h, mais nous ne sommes pas encore dedans… Il faudra attendre encore 20 minutes car les mecs discutent dans le bateau. A un moment on a même cru qu’ils jouaient aux cartes! Faut être sacrément « tranquilo» ici 😉

Nous embarquons ensuite dans le bateau : une coque de noix avec deux moteurs bien puissants. Dès que nous sortons de la baie, nous comprenons que le voyage va être sportif. Le frêle esquif saute de vagues en vagues et nos fesses et nos colonnes vertébrales prennent cher. Interdit aux gens fragiles du dos. On se croirait dans un manège, les filles derrière nous hurlent à chaque bosse… Puis le bateau longe la côte et on se croirait dans Lost! Les montagnes sont couvertes de forêts vierges et tombent dans la mer. L’eau est bleue nuit magnifique, les vagues qui s’écrasent sur les rochers sont couleurs émeraudes, il y a des petites plages de sable fin désertes. Ca ressemble au paradis! Le bateau fait quelques arrêts dans de magnifiques « bourgs» au bord de l’eau, accessibles uniquement par bateau. Nous nous demandons presque si nous n’allons pas descendre là pour rester 3 ou 4 jours.

Trois heures plus tard, nous voilà à Capurgana. Un port miniature au bord de la mer des Caraïbes avec pour décor de jolies petites maisons et une plage paradisiaque. Après un déjeuner dans un restaurant au bord de l’eau, nous faisons tamponner notre passeport au bureau de la DAS pour officiellement sortir de Colombie. Nous trouvons un petit hostel que nous payons 20 000 pesos la chambre double. Là aussi nous nous demandons si ça ne vaudrait pas le coup de rester deux ou trois jours de plus. La suite de la journée est tranquille: balade au bord de l’eau toute bleue, cocktails sur la plage, enfin la routine quoi ! Seul hic, Tom ne peut plus s’asseoir (trop mal aux fesses à cause du bateau). Je n’ai pas ce problème, mais on ne cherchera pas d’explications désagréables… Le soir, nous rentrons nous coucher et rencontrons de sympathiques colocataires : des cafards gros comme le pouce qui squattent dans le mur de séparation entre la chambre et la douche et dont nous n’apercevons que les antennes de 4 cm qui dépassent des trous. Nous passons une petite demie heure à lutter : un monte la garde et tape avec une chaussures sur les trous quand il voit des antennes tâter le terrain, pendant que l’autre prend sa douche, puis trouvons un moyen de leur empêcher l’accès à la chambre: une grosse serviette mouillée qui bloque leur orifice d’accès. Sympathique fin de soirée, surtout que vers deux heures du matin, le ventilateur s’arrête. A cette heure là, le gérant de l’hostal coupe le courant pour faire des économies. Nous finirons la nuit sous une chaleaur torride.

Jour 3 : De Capurgana à Puerto Olbadia

Nous nous retrouvons à 7 heure du matin du le port sous une pluie torrentielle, puisqu’on nous a dit que d’habitude, un bateau part à cette heure là pour Puerto Olbadia, premier village du Panama. Or aujourd’hui, nous ne sommes que deux à l’attendre et le batelier nous demande un tarif exorbitant pour embarquer. Il part chercher d’autres passagers et en fait nous laisse tomber. Nous attendons un peu pendant que l’orage et le déluge du matin passent. Nous apprenons qu’en fait il n’y a plus de bateau ce matin, et qu’il y en aura peut-être un vers midi. En gros, ici, les bateliers font les horaires comme ça leur chante. Nous rencontrons un Colombien Américain qui rentre au Texas. Il arrive à nous débusquer le bateau d’un pêcheur qui accepte de nous emmener va là bas quand on veut. Finalement, nous sommes cinq à embarquer en fin de matinée puisque un couple du Costa Rica, qui voyage en Amérique du sud depuis deux ans, nous a rejoint. Nous avons quand même attendu 5 heures sur le port! Tranquilo, quoi!. Le trajet en barque est beaucoup plus tranquille que la veille, heureusement pour nos dos et nos fesses qui ne sont toujours pas remis. Mais au bout de quelques minutes de navigation, nous croisons un bateau de gardes côtes qui nous font vider en partie nos sacs (quand ils ont vu le bazar dans nos sacs à dos remplis à craquer, ils ont renoncé). Tout se passe bien, les gars sont plutôt aimable et une petite demie heure plus tard, nous repartons. Le trajet dure environ 45 minutes et nous arrivons à Puerto Olbadia en plein débarquement de troupes militaires panaméennes: la relève sans doute.

A peine arrivés sur le sol de Panama, il nous faut vider nos sacs en intégralité devant des militaires gantés et masqués, puis montrer notre passeport. Ensuite nous nous rendons au bureau de l’immigration pour obtenir le tampon d’entrée. Là aussi deux types avec gants et masques nous posent des question dans le style : Quel est votre travail en France ? Avez vous suffisamment de cash sur vous pour ne pas devenir clodo à Panama ? Où est votre billet d’avion pour repartir d’ici ? Bon, on s’en sort pas mal, en tout cas mieux que le Colombien qui devra repartir à Turbo, car il n’a pas les 600 $ en cash règlementaires sur lui. Après avoir fait deux photocopies de nos passeports à nos frais, nous obtenons le précieux tampon. Une fois dans la rue, nous nous apercevons qu’ici les gens sont cools. Tout le monde a l’air de trainer alors que nous sommes en pleine journée et en semaine. Nous comptions à l’origine prendre l’avion pour Panama Ciudad d’ici, mais l’aéroport est fermé pour travaux d’agrandissement (Selon les locaux, il sera réouvert dans 3 mois, donc comptez un an). Nous apprenons qu’il y a un aéroport sur une île pas très loin d’ici, mais le bateau ne part que le lendemain matin. Pour plus d’informations, on nous demande de trouver le responsable de la compagnie aérienne. A force de recherches, nous finissons par le trouver : il s’agit d’un type qui se balade comme ça dans la rue (oui, c’est des bosseurs ici !). Nous nous inscrivons sur la liste des passagers du vol de 11h30 et nous apprenons que le bateau pour nous rendre sur cette île coutera 25 dollars par personne pour 1h15 de bateau: de l’arnaque en somme, mais nous n’avons pas le choix, il n’y a pas d’autre bateau. Nous déjeunons en « ville» et passons l’après-midi dans les hamacs de la cour intérieure de l’hostal. Le soir, pas de restaurant ni même de cantina, tout est fermé. Nous trouvons une « tienda» où nous achetons une sauce tomate et nous nous faisons quelques pâtes grâce à la popote et au réchaud que nous avons depuis le Chili. Ce soir là, pas de lutte avec nos amis les cafards, mais nous en trouvons quand même un mort dans cuvette des toilettes.

Jour 4 : De Puerto Olbadia à Panama City

C’est le quatrième jour où nous nous réveillons un peu avant six heures. Ce matin nous avons un peu les nerfs puisque trois gars discutent bien fort sous notre fenêtre depuis au moins une heure. Après nous être habillés, nous filons directement dans la maison de la compagnie aérienne pour voir comment ça se passe. Une dame nous dit que nous devons peser nos bagages, que le bagage à main ne doit pas excéder les 5 kilos, et que nous devons nous débarrasser de tout ce qui est bombonne de gaz, briquet ou répulsif à moustiques. Donc nous commençons par refaire intégralement les sacs à l’intérieur du local. Ces imbéciles nous pèsent les sacs n’importe comment et nous verrons quelques minutes plus tard qu’ils ont inventé 8 kilos qui n’existent pas, mais rien à faire, c’est compté, c’est compté. Nous aimons les gens obtus, c’est un vrai régal!
Bref c’est la fête et nous commençons à monter au créneau avec ces gens qui une fois derrière leur bureau se révèlent être de vrais connards (désolé, il n’y a pas d’autre mot). Nous nous séparons à regret de la bombonne de gaz du réchaud qui est quasi-neuve, du répulsif à moustique qui nous a coûté 8 euros (en France) et du couteau suisse qui est confié au pilote de l’avion dans un petit sac turquoise (que nous reverrons normalement à l’arrivée). Les règles de sécurité sont donc bien oppressantes ici. Nous hallucinerons quand nous verrons le pilote avec des lunettes!

Nous partons vers 9h30 avec le bateau, nos bagages bien emballés dans des sacs plastiques pour ne pas être mouillés. L’embarcation ressemble au bateau du deuxième jour, mais en plus petite. Nous avons donc mal aux fesses, mal au dos, mais en plus nous sommes trempés. Nous arrivons à 11 heures à Isla Tubala dans un terrain vague avec un piste d’avion au milieu. Là nous payons 1 dollar de taxes d’aéroport (Là ça défie toute concurrence par contre) et nous embarquons dans le coucou qui nous sert d’avion avec le Colombien qui vient de nous rejoindre. Lui galère beaucoup plus que nous pour toutes les étapes de contrôle au cours du voyage.

Après 45 minutes de vol, nous atterrissons à Panama Ciudad. A peine sortis de l’avion, un flic nous prend à tous nos passeports, sans explications, et nous payons l’avion (50 dollars chacun + 7 $ pour l’excédent de bagages chacun). Nous récupérons donc nos bagages, et les douaniers nous emmènent dans une salle ou ils fouillent nos bagages en intégralité : ils ont même palpé Bob le homard ! C’est tout de même la troisième fois en 2 jours. Bob en est tout rouge! Ensuite on nous emmène dans une petite pièce où on nous pose plein de questions: Avez-vous un billet d’avion pour repartir d’ici ? Avez vous de l’argent ? Quel est votre travail en France ? Bref, ça sent le déjà vu et ça dure longtemps: entre les interrogatoires, les fouilles et les attentes (parce qu’ici il n’est pas permis de se balader dans l’aéroport, il faut donc attendre à chaque étape que tout le monde ait fini pour passer à l’épreuve suivante), nous quittons l’aéroport, passeports en main, une heure et demie plus tard. Nous n’avons pas eu droit aux chiens renifleur… Un peu déçus…

Après avoir pris un taxi, nous arrivons dans la ville pour y chercher un toit pour la nuit. Et là, horreur, impossible de trouver une chambre double à moins de 25 dollars la nuit. On nous avait dit que la ville n’était pas chère, et ben c’est pas vrai. Plus tard dans la journée, nous réalisons que nous avons oublié de récupérer le couteau suisse. Damned !!!

Bilan de l’aventure

Coût total par personne de l’opération (sans la nourriture et les boissons) : 150 dollars par personne.

Rappel des solutions pour passer de Cartagena à Panama Ciudad :

Solution 1 – Par la jungle

Quasi gratuit, mais risque de se faire assassiner par les trafiquants de drogue ou par la guérilla.

Solution 2 – L’avion

Rapide mais coûte 290 $

Solution 3 – Le bateau via l’archipel San Blas

C’est beau, c’est le paradis, mais ça coûte 375 $

Solution 4 – La notre

Incontestablement la moins chère et la plus marrante.

5 commentaires sur le post “Comment passer de Colombie à Panama

  1. edith le a dit:

    on vous reconnait bien là!Quelle aventure! ça va rester dans vos mémoires!

  2. Marie et David le a dit:

    Salut les amis ! C’est notre premier commentaire sur ce beau site mais c’est un très grand plaisir que de vous lire et de suivre votre périple. Bravo pour les textes, les photos, les films (avec la musique, grande classe !). Et franchement, c’est dur pour un randonneur dans l’âme que de voir tous ces magnifiques paysages… Profitez-en bien, vous donnez envie à tout le monde. On vous embrasse !

  3. Bruno le a dit:

    1 peso colombien = 0,00032451835 euros . A vos calculettes !

  4. Claire le a dit:

    Me voilà rassurée! 4 jours sans news, je commençais à vous imaginer paumés dans la jungle au milieu des tarentules, avec Bob complètement foncedé à la coke… Bon je vois que l’aventure continue et est toujours aussi belle, profitez bien!! Gros bisous à tous les deux!

  5. edith le a dit:

    Je ne peux plus écrire dans le forum.Avez -vous le même problème?

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