Sur les sentiers du Monde

48h en Equateur – Une voleuse à Cuenca

Nous réussissons lors de notre deuxième jour à Cuenca à retrouver Antoine que nous avions rencontré au Machu Picchu. Nous le tirons du lit et allons déjeuner tous les trois. Il nous emmène dans un restaurant végétarien où les almuerzos (formule déjeuner pas chère) sont très bons. Nous nous installons au milieu du restaurant, je pose mon sac à mes pieds du côté de l’allée et nous papotons joyeusement. Le restaurant se remplis petit à petit. Soudain, je ne sais pas trop pourquoi ni comment – un mouvement de foule bizarre aperçu du coin de l’œil, un 6° sens ou une bonne étoile – je regarde à mes pieds. Mon sang ne fait qu’un tour….
« Il y a plus mon sac…»
(Les mecs) « Hein…?»
Je lève les yeux vers la sortie et entre-aperçois des lanières de sacs à dos passer la porte.
« Il y a plus mon sac!!»
Ni une ni deux, je m’expulse de ma chaise, me précipite vers la sortie en bousculant tout le monde, repère ma voleuse et son complice qui traversent la rue, pique un sprint en décrivant un arc de cercle de façon à me retrouver face à eux, lance un très classe « Hé! Es mio!!», et arrache mon sac des mains de la bonne femme. J’aurais aimé vous dire qu’elle a retenu mon sac, qu’on s’est battues, griffées, punchées, et que je lui ai mis mon poing dans la figure, mais non, elle m’a « rendu» mon sac bien gentiment. Je retourne rapidement devant le resto en serrant mon sac bien fort retrouver Thomas et Antoine qui sont sortis 5 secondes après moi.

Ca s’est passé très vite, je réalise pas trop…. Et là, les gens présents dans la rue et qui ont tout vu commencent à crier « Ladron, ladron, arrêtez-là». Ma voleuse se dirige d’un pas rapide vers le coin de la rue. Thomas et moi nous permettons un « Ladron» aussi, histoire de se défouler. Les gens nous demande quelle personne c’est et nous montrons la dame en violet. Elle passe le coin et disparaît. Nous rentrons dans le resto, tout le monde veut savoir ce qu’il s’est passé. On devient les stars du moment. L’adrénaline descend, j’ai les jambes qui tremblent, et je me rassois pour finir de manger, faut quand même pas perdre le nord!

Et puis une dame vient me chercher en disant que la police a retrouvé ma voleuse et qu’il faut que je porte plainte. On ressort pour voir le policier ramener ma voleuse en la trainant par le bras. Je confirme que c’est bien elle. Et la c’est magique, elle me regarde avec des yeux de chien battu, genre « mais non, s’il te plait, je t’ai rien volé, regardes, il y a tout dans ton sac…». Hé! On me la fait pas à moi!! Le policier la fait rentrer dans le resto pour savoir si les employés la connaissent et là, elle explique qu’elle m’a confondu avec sa fille… Heu…. On a bien rigolé.

Bref, plusieurs personnes viennent m’expliquer qu’il faut que je porte plainte, sinon, elle dormira en prison le soir même mais sera relâchée le lendemain. Un policier/cow boy en moto arrive pour prendre la relève de celui qui a ramené la voleuse. Il nous demande de patienter jusqu’à l’arrivée de son unité. Il nous demande aussi le montant du vol. Parce que, comme nous l’explique le patron du resto, une nouvelle loi vient de sortir qui décrète que si le montant du vol est inférieur à 650 dollar, il n’est pas considéré comme un vol et il n ‘y a aucune sanction pour le voleur…. Hallucinant! Le montant du sac n’atteignait pas cette somme, il n’y avait « que» ma polaire, mes lunettes de soleil, le petit appareil photo et le guide. L’unité finit par arriver, mais il ne s’agit que d’un autre policier/cow boy en moto et nous continuons à attendre le renfort. C’est assez intimidant de prendre une décision quant à envoyer quelqu’un en prison ou non. Nous discutons avec les policiers pour savoir un peu ce qu’il faut faire. Ils nous expliquent qu’en fait, porter plainte ne servirait à rien car le montant du vol n’est pas assez élevé. Que la seule façon de faire jouer la justice est de laisser les preuves à convictions pendant 15 jours, le temps du jugement. Que comme la femme est péruvienne et illégale en Equateur, elle va passer 3 jours en prison puis sera renvoyée dans son pays. En clair, on ne peut pas faire grand chose. Enfin, un pick-up arrive. Un grand gros black en descend – enfin un flic qui n’a pas l’air d’un cow boy et qui a l’air de prendre les choses en main! Il nous dit que si, ça va servir et qu’il faut qu’on aille avec eux au commissariat. Ils vont monter la voleuse à l’arrière, Antoine et Thomas montent à côté d’elle. Grand moment, la baraque me dit de monter avec elle sur le siège avant…. J’ai presque cru qu’il allait me prendre sur ses genoux…. Mais non il s’assoie à moitié sur le frein à main et je me ratatine sur le reste du siège.

On arrive au commissariat. Il y a une queue d’une trentaine de personnes dehors, on sait pas trop ce qu’ils font. A l’intérieur, c’est assez typique. Un flic est vautré sur un canapé à regarder la télé, un autre fume sous le panneau « interdit de fumer», le troisième attend avec un beau regard bovin derrière l’accueil, mais surtout ne nous s’adresse pas la parole. Puis, tout content, il va papoter avec nos deux policiers/cow boys qui nous ont suivis jusqu’ici. En clair, on attend. Notre voleuse se ballade et va regarder la télé. Au bout d’un moment, Antoine demande quand même ce qu’il va se passer. Le flic prend alors nos passeports et note sur son petit calepin tout corné nos coordonnées. Puis il part. On attend. Antoine redemande ce qu’il va se passer. Là le flic nous parle bien vite pendant 5 minutes. On comprend pas tout. Au final, Thomas lui demande si on peut y aller, et il nous dit oui pas de problème!

L’incident a duré 1h30 en tout et on doute énormément qu’il arrivera quoi que ce soit à cette péruvienne. Mais ce qui nous a touché, c’est la réaction des gens! On comprend toujours pas comment le flic a choppé la voleuse. Est-ce que quelqu’un a couru derrière elle? Ça se sent que les gens en ont marre de ceux qui emmerdent le monde avec leurs petits larcins.

5 commentaires sur le post “48h en Equateur – Une voleuse à Cuenca

  1. monique et bernard duroux le a dit:

    la lecture de vos « aventures » nous fait frémir….. soyez prudents et bonne continuation – ce que vous racontez est féérique

  2. Annek le a dit:

    C’est le mauvais côté de l’Amérique du sud et c’est vrai qu’on était prévenus, mais qu’on a eu 2 petits moments de faiblesses. Maintenant on est presque parano! 🙂
    C’est dur d’être toujours sur ses gardes et de ne faire confiance à personne. On commence à en avoir marre de cette relation avec les gens. On prévoit d’aller se poser une semaine aux caraïbes : on veut du soleil, la plage et des cocktails au soleil couchant! 😉

  3. andré et Marguerite le a dit:

    Tout c’est bien terminé…. Bonne continuation

  4. Vince le a dit:

    Et ben …

  5. chacos le a dit:

    demandez à Sarkozy un Karcher pour ceux qui crève la faim dans ce tiers monde !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.